L’épopée du Port de Casablanca

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Le port de Casablanca fut de tout temps et jusqu’en 1932, année de la mise en service du môle de commerce, un port à barcasses. C’est à dire que les marchandises étaient d’abord descendues dans les barcasses par les seuls moyens du bord, puis ces barcasses, menées à la rame, gagnaient le rivage où les cargaisons étaient alors débarquées manuellement.

Nous choisissons de commencer notre histoire en 1785, année où le Sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah autorisa l’exportation des céréales à partir de Casablanca. En 1789 une société espagnole obtint le monopole de ce commerce, mais cette concession lui fut retirée en 1830, année où Casablanca ne comportait pas plus de 700 habitants. Le port fut alors ouvert aux échanges internationaux et son importance s’était accrûe progressivement

En 1862 la Compagnie Paquet organisa un premier service de navires entre Marseille et Casablanca. A la fin du XIXe siècle, Casablanca était devenue, suivie de près par Tanger et Essaouira (Mogador), la place portuaire la plus importante du pays.

En 1904, à l’initiative du Sultan Moulay Abdelaziz les autorités passèrent un contrat avec la société française dénommée Compagnie Marocaine, pour la construction et l’aménagement d’un petit port destiné à abriter les barcasses qui servaient au chargement et au déchargement des navires et qui étaient fréquemment endommagées par le gros temps.

La Compagnie Marocaine choisit comme entrepreneur les Maisons Schneider et Cie et J. Vignes, et celles-ci eurent comme sous-traitant l’entreprise Gendre et Donnadieu de Marseille

Le projet était modeste. Les cargos continueraient à se maintenir à 1000 ou 1200 mètres de la côte, mais deux petites jetées devaient être construites pour protéger un bassin de dix hectares, qui permettrait aux barcasses d’accoster plus facilement et de faire les manutentions en eau calme. En outre elles seraient ainsi abritées de la grosse houle et des tempêtes d’hiver.

On se mit à l’ouvrage seulement en 1906. Mais ce premier projet, reconnu insuffisant, fut modifié en 1907. Le remaniement prévoyait pour le bassin une surface d’eau de 20 hectares au lieu de 10.

Mais en raison du mauvais temps les travaux accusèrent un grand retard. Durant l’hiver 1909/10 la mer emportait cinquante mètres de la jetée nouvellement construite ; en 1910-11 une houle violente ravageait les terre-pleins ; fin décembre 1912 un ouragan détruisit ou mit hors de service 9 barcasses et un remorqueur ; dans la première quinzaine de janvier 1913 une série de tempêtes jetèrent à la côte cinq voiliers avec leur cargaison : le 9, le voilier « Los Emilios » échoué sur les rochers de Fédala. Le 10, le dundee français « Providence », sur les rochers d’Oukacha. Le 12, le voilier grec « Nedjma », sur les rochers d’Oukacha. Le 16, le voilier danois « Castor », sur les Poches-Noires. Le 17, le voilier suédois « Olga » sur les Roches-Noires. Le 29 octobre 1913 trois navires qui n’avaient pas eu le temps d’appareiller étaient détruits à l’entrée du port entraînant la mort de huit personnes.: le « Nana-Martini » (allemand), le « Livia » (espagnol), le « Misolongion » (grec). A la suite de ces catastrophes, les autorités décidèrent en 1914 d’édifier un nouveau phare à Oukacha et d’améliorer la visibilité du phare d’El Hank déjà construit en 1905. A cette même époque l’aconage fut concédé à la société « L’Entreprise maritime et commerciale » (EMC).

Pour faire face à l’accroissement du trafic et pour s’affranchir des contraintes de mauvais temps, le projet de 1904 fut abandonné. On lui substitua un autre d’une ampleur considérable.

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