Essaouira : Sur les traces de Welles et d’Hendrix

Essaouira

Fin d’après-midi à l’ombre des remparts. Un jeune couple flirte gentiment sous le regard sévère d’Orson Welles. En hommage au cinéaste américain, on a érigé sa statue au centre d’un square portant son nom. Car si Essaouira peut être aujourd’hui considérée comme l’un des centres culturels du Maghreb, elle le doit en grande partie à cet homme. En 1949, le réalisateur y tourna Othello, l’un de ses chefs-d’œuvre, qui fut couronné en 1952 de la palme d’or au Festival de Cannes.

Autre lieu, autre époque. À la fin des années 60, des centaines de hippies délaissèrent Ibiza pour Essaouira. L’Hôtel Pacha – désormais rebaptisé Riad Al Madina – était leur point de chute. Malheureusement, les fresques psychédéliques des chambres ont aujourd’hui disparu sous plusieurs couches de peinture pastel, mais le patio où se tenaient d’énormes fêtes a conservé toute sa splendeur. On y croisait Malina et Julian Beck, les deux New-Yorkais qui fondèrent la sulfureuse compagnie théâtrale The Living Theatre, un mythe de la contre-culture des sixties. Après s’être fait exclure du Festival d’Avignon en 1968, la troupe libertaire trouva refuge ici. Elle y joua en avant-première sa pièce Paradise Now, un happening de danses et de comédie, interprétée par des jeunes gens en révolte, aux corps dénudés et bourrés de LSD.

À la terrasse d’un café, Ibrahim, la soixantaine passée, se souvient de ces années avec un brin de nostalgie : « On surnommait ces Occidentaux aux cheveux longs les mangeurs d’enfants. On disait aux gamins turbulents : si tu continues comme ça, ils vont venir te dévorer. C’était très efficace ». D’après lui, les hippies furent les premiers au Maroc à transformer l’herbe en résine de cannabis. Cela leur aurait permis de faire croire aux policiers que ce produit était destiné à la réparation de leurs guitares. Le subterfuge fonctionna pendant quelques années.

Lorsqu’on discute des sixties avec les habitants d’Essaouira, un nom revient souvent : Jimmy Hendrix. Il ne fit qu’un passage éclair pendant l’été 69 et pourtant cette visite est à l’origine de bien des mythes. Il y aurait écrit la chanson Castle Made of Sand après avoir vu sur la plage les ruines du fort portugais. La chanson étant sortie durant l’hiver 67, cela paraît donc peu probable. Toujours est-il que ces rumeurs ont largement contribué à la renommée de la cité portuaire…

Vous aimerez aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

WP-Backgrounds Lite by InoPlugs Web Design and Juwelier Schönmann 1010 Wien